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31/01/2012

Le Musée Jean Lurçat: les diagonales cachées

 Il y a une diagonale de la tapisserie à Angers qui traverse la ville et la Maine. Elle relie le Château et l’hôpital Saint-Jean ou plus précisément  ce que l’un et l’autre de ces hauts  lieux du Moyen-Age abritent : la tapisserie de l’Apocalypse et le Chant du Monde de Jean Lurçat qui en a été inspiré.


Lurcat.jpg

En dédiant cette magnifique salle des malades de l’hôpital Saint-Jean à la présentation de la grande œuvre de Lurçat, la ville d'Angers a créé une autre diagonale : elle relie Angers et le Sud-Est où sont situés les autres lieux où l’on a placé les œuvres d’artistes des années glorieuses,  qui en de grandes fresques ont conjuré la peur et   affirmé leur foi en l’avenir:

Chagall et le message biblique à Nice,carzou.jpg

Picasso à Valloris,

Léger au Mas Saint André à Biot,

Vasarelly à Aix,

Et un autre encore, moins connu mais qui me semble le plus proche de Lurçat, Carzou à Manosque.

Souvent on a associé l’art contemporain et l’art sacré ancien et c’est presque toujours réussi. Cela l’est  à Angers.

30/01/2012

La prison d'Angers

On peut difficilement faire plus sinistre que la prison d’Angers. Si vous  voulez vraiment  impressionner des enfants pas sages en leur montrant ce qui arrive quand on sort du droit chemin, faites leur faire le tour de la prison.

Prison.jpgL’entrée de la prison est un petit bâtiment à  2  tours orthogonales  à meurtrières. C’est un de ces bâtiments lépreux dont le schiste réapparaît sous le crépit. La  porte de bois  avec ses gros clous ressemble à une porte de donjon du moyen-âge. Pour ajouter à l’ambiance une plaque rappelle que pendant la guerre des résistants ont été torturés en ce lieu.  On a agrémenté l’entrée des drapeaux français  et européens. Je ne crois pas que ce bâtiment ne fasse honneur ni à l’une ni à l’autre.

Quand on fait le tour de la prison, on tombe sur la rue plus sinistre d’Angers aimablement dédiée à Emile Zola. Il y a Rue Emile Zola.jpgeffectivement une tentation d’aller finir sa journée à l’Assommoir quand on habite là : un côté de la rue n’est fait que d’un mur sombre de 10 mètres de haut. Heureusement il semble qu’il n’y ait que des garages de l’autre côté de la rue.

On a caché à la ville cette prison en construisant une grande barre de logements en un arrondi  qui englobe toute la face sud. De l’autre côté de cette barre, du boulevard Saint-Michel ou du Jardin des Plantes,  on ne voit donc plus la prison.   De sorte qu’il doit y avoir des appartements dans cette barre où l’on voit d’un côté la prison et de l’autre le Jardin des Plantes… une des plus belles vues d'Angers d'un côté et la  plus moche de l'autre. J’imagine qu’il doit y avoir des familles où la répartition des chambres de l’appart entre les frères et sœurs fait l’objet de débats intéressants!

D’une manière moins anecdotique, cette prison lépreuse cachée est le témoin d’un approche bien différente de celle des Pays-Bas: les Néerlandais, avec leur fond calviniste, n’ont pas d’état d’âme à regarder  les faces cachées  de la société et à les gérer comme le reste. On parle donc  beaucoup là-bas  (au point que cela nous choque nous les Français) de la prostitution, de la mort, de la drogue et donc aussi de la prison.  On y met le budget qu’il faut, il n’y a pas de surpopulation, on ne les cache pas, et surtout on essaye d’y réhabiliter les gens pas juste de s'en débarrasser.  Je crois que l’on pourrait s’inspirer de cela en France.

Bon tout compte fait, non, je vous déconseille tout à fait  de faire  ce tour-là avec vos enfants, aussi casse-pieds qu’ils aient pu être cet après-midi. Ils ne peuvent pas mériter cela.  

 

28/01/2012

La place Saint-Eloi

 

Pourquoi ai-je donc l’impression que la place Saint-Eloi est une scène de théâtre ?

Entrer des mots clefsPlace Saint-Eloi,musée des Beaux-ArtsBien sûr il y a ce masque au milieu de la place et ces quelques blocs de pierre autour disposés comme sur un tableau de Chirico,  qui donnent à penser que l’on est dans un lieu de spectacle. Mais il y a bien plus que cela en y réfléchissant, ce masque n’a pas été placé là par hasard.

C’est un espace clos à l’œil, les entrées et les sorties se font par des passages étroits qui ne donnent  pas d’échappée, on ne voit pas les voitures des rue voisines.  Pour moi  le côté cour est vers la rue des Lices. Et en regardant du  côté jardin,  en direction du  musée David d’Angers donc,  on  est à l’opéra : le petit passage par-dessus la rue est italien, vous ne trouvez pas?  Rigoletto doit passer par là quand il sort le soir du palais du duc de Mantoue. 

La cour du musée des Beaux-Arts est comme l'entrée d'un palais. Les bâtiments autour sont aussi tous beaux, très  clairs, mais presque apprêtés. Cela  sent la rénovation récente et la volonté de faire quelque chose en unité; on a rajouté des fausses fenêtres pour la symétrie sur  l'un d'eux. Les architectes nous ont placé sur cette du  «mobilier urbain» : des lampadaires pas vraiment discrets, des banc et une rangée d’énormes pots de fleurs blancs plantés d’arbustes. Cela aussi est du décor. Et le pavage accentue la perspective, comme sur une scène très profonde pour un ballet.

Alors c’est vrai on peut s’assoir sur un de ces bancs de pierre design et observer le spectacle : les touristes qui se font photographier devant le masque, les étudiants qui viennent pique-niquer au soleil ou des figurants pressés qui passent directement du côté cour au côté jardin.   Mais point trop n’en faut/ Si riche qu'il soit de son passé, un centre-ville doit rester vivant, il ne faut pas le figer dans une idée…