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02/02/2012

Une fenêtre sur les douves

 

Vous avez remarqué sans doute comme moi,  une  drôle de fenêtre dans la noire muraille du château d’Angers quand on regarde du bout de la rue Toussaint, juste à côté de l'office du tourisme.

 

chatean d'angers

 

 Une jolie porte-fenêtre   comme dans nos maisons à nous, avec une petite rambarde en fer forgé,  assez ordinaire, vraiment rien de moyenageux….  Elle me fait rire cette fenêtre tellement déplacée, et je me demande comment elle est arrivée là ?

Peut-être y-a-t-il eu un dialogue comme suit, un soir… 

Scène, dans le logis  sud du Château. Le conservateur  et sa femme dînent.

La femme.

-          C’est très joli cet aménagement que tu as fait faire des douves en jardin

Le conservateur

-          Oui nos jardiniers on fait du beau travail. L’année dernière on a vidé les douves et en un an ils ont constitué un beau jardin à la française. 

La femme.

-          C’est dommage que l’on en profite pas plus, il faut monter tout en haut sur le rempart pour le voir. Quant à nous, de notre logis, nous ne voyons que le nord, et la chapelle. Nos petits en restent  tous palots de l’été à ne jouer que dans la cour du château. Si seulement on pouvait voir de l’autre côté de ce mur, on aurait en plus l’animation de la rue.

Le conservateur

-          mmh, mmh

La femme.

-          Tu pourrais bien faire percer une fenêtre, il suffirait de demander à tes ouvriers occupés à la restauration du Logis Royal de  venir travailler un peu chez nous.

Le conservateur

-          Tu n’y penses pas, il y a au moins 6 mètres de murs à percer, et puis comment être sûr que tout ne va pas s’effondrer.

 La femme.

-          Allons, allons, ces vieux murs sont bien trop costauds, ils ont traversé les siècles et reçu bien des boulets de canon. Non il faudra juste prendre des précautions pour évacuer les déblais sans salir le salon.

Le conservateur

-          Et as-tu pensé à l’aspect  que cela donnera au mur vu de l’extérieur. La prochaine fois que notre conservateur en chef viendra au château, il va s’en apercevoir, c’est sûr… 

La femme

-           ????

 

Eh bien là,  je reste sec, quel argument a-t-elle pu donner pour dire que personne ne s’en apercevrait ?  Quel artifice de  séduction a-t’elle  utilisé pour arriver à ses fins??

 

Je ne sais pas,  mais en tout cas elle a laissé une trace dans l’histoire de ce monument qu'est le chateau d'Angers…

 

 

 

 

23:52 Publié dans La Ville | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chatean d'angers

31/01/2012

Le Musée Jean Lurçat: les diagonales cachées

 Il y a une diagonale de la tapisserie à Angers qui traverse la ville et la Maine. Elle relie le Château et l’hôpital Saint-Jean ou plus précisément  ce que l’un et l’autre de ces hauts  lieux du Moyen-Age abritent : la tapisserie de l’Apocalypse et le Chant du Monde de Jean Lurçat qui en a été inspiré.


Lurcat.jpg

En dédiant cette magnifique salle des malades de l’hôpital Saint-Jean à la présentation de la grande œuvre de Lurçat, la ville d'Angers a créé une autre diagonale : elle relie Angers et le Sud-Est où sont situés les autres lieux où l’on a placé les œuvres d’artistes des années glorieuses,  qui en de grandes fresques ont conjuré la peur et   affirmé leur foi en l’avenir:

Chagall et le message biblique à Nice,carzou.jpg

Picasso à Valloris,

Léger au Mas Saint André à Biot,

Vasarelly à Aix,

Et un autre encore, moins connu mais qui me semble le plus proche de Lurçat, Carzou à Manosque.

Souvent on a associé l’art contemporain et l’art sacré ancien et c’est presque toujours réussi. Cela l’est  à Angers.

30/01/2012

La prison d'Angers

On peut difficilement faire plus sinistre que la prison d’Angers. Si vous  voulez vraiment  impressionner des enfants pas sages en leur montrant ce qui arrive quand on sort du droit chemin, faites leur faire le tour de la prison.

Prison.jpgL’entrée de la prison est un petit bâtiment à  2  tours orthogonales  à meurtrières. C’est un de ces bâtiments lépreux dont le schiste réapparaît sous le crépit. La  porte de bois  avec ses gros clous ressemble à une porte de donjon du moyen-âge. Pour ajouter à l’ambiance une plaque rappelle que pendant la guerre des résistants ont été torturés en ce lieu.  On a agrémenté l’entrée des drapeaux français  et européens. Je ne crois pas que ce bâtiment ne fasse honneur ni à l’une ni à l’autre.

Quand on fait le tour de la prison, on tombe sur la rue plus sinistre d’Angers aimablement dédiée à Emile Zola. Il y a Rue Emile Zola.jpgeffectivement une tentation d’aller finir sa journée à l’Assommoir quand on habite là : un côté de la rue n’est fait que d’un mur sombre de 10 mètres de haut. Heureusement il semble qu’il n’y ait que des garages de l’autre côté de la rue.

On a caché à la ville cette prison en construisant une grande barre de logements en un arrondi  qui englobe toute la face sud. De l’autre côté de cette barre, du boulevard Saint-Michel ou du Jardin des Plantes,  on ne voit donc plus la prison.   De sorte qu’il doit y avoir des appartements dans cette barre où l’on voit d’un côté la prison et de l’autre le Jardin des Plantes… une des plus belles vues d'Angers d'un côté et la  plus moche de l'autre. J’imagine qu’il doit y avoir des familles où la répartition des chambres de l’appart entre les frères et sœurs fait l’objet de débats intéressants!

D’une manière moins anecdotique, cette prison lépreuse cachée est le témoin d’un approche bien différente de celle des Pays-Bas: les Néerlandais, avec leur fond calviniste, n’ont pas d’état d’âme à regarder  les faces cachées  de la société et à les gérer comme le reste. On parle donc  beaucoup là-bas  (au point que cela nous choque nous les Français) de la prostitution, de la mort, de la drogue et donc aussi de la prison.  On y met le budget qu’il faut, il n’y a pas de surpopulation, on ne les cache pas, et surtout on essaye d’y réhabiliter les gens pas juste de s'en débarrasser.  Je crois que l’on pourrait s’inspirer de cela en France.

Bon tout compte fait, non, je vous déconseille tout à fait  de faire  ce tour-là avec vos enfants, aussi casse-pieds qu’ils aient pu être cet après-midi. Ils ne peuvent pas mériter cela.