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12/04/2012

Béhuard et Schokland

Poursuivant mon approche prudente des bords de la Loire, je suis allé faire le tour de l’île de Béhuard cet après-midi. C’est un long vaisseau de verdure au milieu du fleuve. Oui  en ce printemps, Béhuard est une grande harmonie de verts qui donne envie de brouter l’herbe fraîche.  Au centre de l'île, le village et au centre du village église construite sur un gros rocher sans lequel  c’est sûr, toute l’île  partirait  vers Nantes.

L’église gothique est toute rustique, elle est mélangée au rocher et à la verdure,  et on accède à la nef par des escaliers de contes de fées. Elle m’a fait penser à certaines chapelles bretonnes construites sur des rochers (Sainte-Barbe au Faouët ou le Huelgoat).

Il faut prendre le temps de faire le tour tranquillement de Béhuard pour  sentir la Loire, observer  les bancs compliqués, écouter tous les cris d’oiseaux qui se mélangent. Au bout de l’île à l’amont la vue était belle vers Bouchemaine, les nuages du ciel étaient comme un tableau de Ruysdaël et tout cela se reflétait tout mélangé aussi dans le fleuve. C’est là que j’ai pris conscience de la puissance cachée de ce fleuve d'apparence endormie: il y a un seuil qui dirige l’eau vers le bras le plus large mais une partie de l’eau passait quand même : une belle chute en fracas.

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Il n’y a pas que le ciel de Ruysdaël qui m’a fait penser aux Pays-Bas : j’ai fait un parallèle avec l’île de Schokland dans l’ancien Zuiderzee. C’est un site qui est également référencé à l’Unesco. C’est aussi une île tout en longueur et très agricole. C’est aussi un endroit qui a souffert des crues, au point que les habitants ont été forcés vers 1850 de quitter définitivement l’île car ils n’arrivaient plus à défendre leurs digues contre les tempêtes. Enfin c’est aussi un site de nostalgie et de mémoire : s’il n’y a plus de bateliers sur la Loire pour faire escale à Behuard, Schokland n’est même plus une île : il n’y a plus d’eau autour, elle s’est retrouvée au milieu d’un polder asséché dans les années 50 et n'est plus avec son phare, qu'un drôle de témoignage marin perdu au milieu des terres  nouvelles. 

Mais Béhuard et bien plus belle que Schokland… et en plus il y a une bonne crêperie.

08/04/2012

Séduction ligérienne

Aussi vite je me suis senti séduit par la ville d’Angers en arrivant, aussi lentement je m’approche de la Loire.  Je m’en aperçois aujourd’hui, c’est un fleuve qui dans mon imaginaire est différent des autres, je me méfie  et je cherche pourquoi.

Enfant j’ai surtout connu la Seine et je pense percevoir la Loire toute en opposition. La Seine est un fleuve maîtrisé, canalisé, utilisé intensément pour le transport  jusqu’à Rouen et Paris où j’ai vécu. Les berges sont franches. Même dans son estuaire entre Rouen et le Havre les reliefs dans le rentrant de ses méandres sont rudes, j’ai escaladé les falaises de la Bouille.

Ici au contraire tout est instable et plat, et semble en mouvement : berges inondables, bancs, bras complexes, îles. L’école et les livres sont aussi pour quelque chose dans cette longue méfiance.  La Loire c’était la région des châteaux des rois,  des jardins, de la douceur à vivre  et j’étais plus attiré par l’aventure, les voyages lointains, les mers ou les montagnes. Maurice Genevoix m’ennuyait, je garde le souvenir d’ « Agnès, la Loire et les Garçons » comme d’un livre  trop lent, avec trop de  poésie et d’histoires de filles…

En fait c’est exactement cela : dans ma tête  la Loire est féminine et j’en ai un peu peur. Les autres fleuves sont masculins et sont des terrains de jeux plus faciles !Loire,Saintes-Gemmes,Genevoix,Seine

Alors aujourd’hui que je suis  grand ( !) et ai appris le plaisir du commerce féminin, j’entame  une  approche prudente, je vais me laisser séduire c’est sûr mais progressivement. Par les couleurs d’abord je crois. J’ai aimé entrevoir la Loire au travers des arbres depuis les jardins du presbytère de Sainte Gemmes sur Loire  puis  aller marcher dans la grande prairie entre le village et les berges. Il y avait là des verts frais de printemps à faire frémir un peintre.    

28/03/2012

Confluences

Je viens de passer  10 belles années aux Pays-Bas, à Amsterdam puis à Rotterdam.

J’ai aimé là-bas , le vélo,  l’attention à l’environnement, le soucis du bien vivre ensemble dans les villes, la protection sociale élevée, les canaux , Rembrandt et Vermeer, les fleurs au printemps, la gentillesse des voisins  et les fêtes « gezellig » (mot intraduisible en Français, mais très important aux Pays-Bas : dans une fête « gezellig »  on boit un peu de bière, on est serrés, on rit, bref on est bien entre amis comme dans un tableau de Breughel).

Et plein d’autres choses encore.

Les Néerlandais sont ouverts sur le monde, accueillants,  ont la capacité de débattre de tous les problèmes de société locaux ou nationaux d’une manière mesurée et constructive, ils sont très égalitaires. Les principes de fonctionnement de leur société sont  inspirés de l’organisation qu’ils ont mise en place depuis le Moyen-Age pour gérer l’eau: les  Conseils de l’eau sont nés vers le XIIIème siècle  et continuent d’exister avec pour rôle d’entretenir les digues, d’assécher les polders et  d’assurer la sécurité commune même en cas de tempête. Cela crée de la solidarité…

Tout cela pour dire que je redoutais le retour en France sur certains points. Je repensais à cette réputation d’individualistes et de râleurs qui nous colle à la peau. Je craignais un moindre souci de l’environnement. Je m’attendais à ne pas pouvoir  faire facilement du vélo et à réutiliser ma voiture pour tout.

Et bien,  en fait, je suis plutôt agréablement surpris par ce que j’ai trouvé à Angers.

J’ai trouvé des pistes cyclables et je fais du vélo sans me frotter aux autos jusqu’ici.

On parle d’environnement et cela semble assez crédible à la fois au niveau des comportements individuels et de l’aménagement  de la ville ou de la région (par exemple j’ai entendu plusieurs fois des gens me recommander  de prendre un mode de transport « doux », ou alors la campagne actuelle zéro pesticide, ou bien encore et plus sur le fond la composante environnementale du projet  Rives Nouvelles).

Il y a de la concertation et des débats et les gens y participent en se respectant me semble-t-il  (Rives Nouvelles encore, le contournement, les conseils de quartier).

Bon je n’ai pas encore participé à une fête vraiment « gezellig »  mais j’attends le carnaval…

Alors je me suis demandé s’il y avait une grande tendance :  évoluons nous tous dans les pays européens vers les mêmes vertus ?

Ou alors suis-je tombé sur une exception en France ? Une région ou une ville un peu différente du reste et  pas si éloignée de l’état d’esprit néerlandais.

Je crois que c’est plutôt cela, les confluences ont peut-être conduit à l’habitude des autres, à l’écoute, au dialogue et au soucis de l'environement partagé.  Les digues de Loire ne seraient elles pas des cousines des digues de Meuse ? En tout cas je n’y suis pas si dépaysé.

confluence.jpg